Outils pour utilisateurs

Outils du site


blog:le_silence_c_est_dangereux

Le Silence, c'est dangereux. Cela isole

Le silence a quelque chose de pernicieux. Il s'installe doucement, presque imperceptiblement, comme une brume qui monte du sol. On commence par taire une petite chose, puis une autre, et avant même de s'en rendre compte, on se retrouve enfermé dans une bulle dont les parois deviennent de plus en plus épaisses.

L'isolement qui commence par un murmure

Catherine le sait bien, elle qui dirige une académie de musique. Le silence en musique, ce n'est pas le vide - c'est un élément structurant, une respiration nécessaire. Mais le silence entre les personnes, celui qui s'installe quand on cesse de communiquer, celui-là est tout autre chose. Il ne structure rien, il délite tout.

Dans mes cours de mathématiques, j'observe régulièrement ce phénomène. Un élève qui ne comprend pas mais qui se tait, par peur du jugement, par crainte de ralentir la classe, ou simplement parce qu'il ne trouve pas les mots pour exprimer son incompréhension. Ce silence-là, je le combats férocement. Pas seulement parce qu'il empêche l'apprentissage, mais parce qu'il isole l'élève dans sa difficulté.

Le libre contre le silence

C'est peut-être pour cela que je suis si attaché aux logiciels libres, aux licences ouvertes comme la CC-BY-SA, aux ressources éducatives libres. Parce que le logiciel propriétaire, c'est aussi une forme de silence imposé. On ne peut pas voir le code, on ne peut pas comprendre comment ça fonctionne, on ne peut pas partager. C'est un isolement technique qui se double d'un isolement social.

EducaLibre 2026, que nous préparons pour juillet à l'ULB, c'est justement une tentative de briser ce silence. Cinq cents à huit cents personnes qui viennent parler, échanger, partager leurs pratiques et leurs outils. Parce que l'éducation ne peut pas se faire dans le silence, parce que l'innovation pédagogique naît de la conversation, du débat, de la confrontation des idées.

La Dame Blanche et les voix qui portent

Sur Dame Blanche, mon Nantucket Clipper de 1972, il y a une règle absolue: la communication constante. Quand on navigue, le silence peut être mortel. “Prêt à virer?”, “Paré à virer!”, “Vire!”. Ces rituels verbaux ne sont pas des formalités, ce sont des lignes de vie. En mer, plus qu'ailleurs, le silence isole, et l'isolement tue.

(Bon, il y a aussi ces moments merveilleux où tout l'équipage se tait pour écouter le clapotis de l'eau sur la coque et le vent dans les voiles, mais c'est un silence partagé, choisi ensemble, qui unit plutôt qu'il ne sépare. Nuance importante.)

Briser le silence institutionnel

Dans les institutions éducatives, le silence prend souvent la forme de l'absence de transparence. Les décisions prises en coulisses, les processus opaques, les données verrouillées. C'est contre cela aussi que nous nous battons avec ASBL EduCode. Pour que les outils numériques utilisés dans l'éducation soient transparents, auditables, modifiables. Pour que les enseignants puissent parler entre eux de ce qui fonctionne et de ce qui ne fonctionne pas.

Le projet LNPM (Laboratoire Numérique Polyvalent Mobile) que nous développons, c'est aussi une manière de donner la parole à ceux qui ne l'ont pas toujours. Créer des espaces où l'expérimentation est possible, où l'erreur est permise, où la conversation peut avoir lieu.

La cacophonie créative

Alors oui, parfois, quand on brise le silence, ça devient bruyant. Quand on organise une conférence multilingue en français, néerlandais, anglais et allemand, avec des participants de toute l'Europe, ça fait du bruit. Quand on encourage les élèves à poser toutes leurs questions, à partager leurs intuitions même bancales, à débattre des méthodes de résolution, ça fait du chahut.

Mais ce bruit-là, cette cacophonie créative, c'est la vie. C'est l'échange. C'est l'apprentissage qui se fait ensemble plutôt que dans la solitude de son incompréhension.

Le dernier mot

Mon grand-père, Pierre Gilbert, l'égyptologue, passait ses journées avec des textes vieux de trois mille ans. Mais ces textes, il les faisait parler. Il les traduisait, les commentait, les publiait en libre accès. Parce qu'un hiéroglyphe qu'on ne déchiffre pas, c'est du silence gravé dans la pierre. Et son travail consistait précisément à briser ce silence, à redonner voix à ceux qui l'avaient perdue.

Peut-être est-ce héréditaire, cette allergie au silence.

Alors, parlons. Partageons. Publions en CC-BY-SA. Organisons des conférences. Créons des ressources libres. Enseignons en plusieurs langues. Naviguons ensemble. Et surtout, gardons les canaux de communication grands ouverts.

Parce que le silence, vraiment, c'est dangereux.


PS: Si vous avez envie de contribuer à EducaLibre 2026, ou simplement de continuer cette conversation, n'hésitez pas. Le silence commence au moment où on décide de ne pas envoyer ce message.

Sous-catégories :

Pages dans la catégorie :

blog/le_silence_c_est_dangereux.txt · Dernière modification : de Nicolas Pettiaux